PPE3 : Une ambition à la française !

Tribune de Nicolas UGALDE-LASCORZ, Directeur Général
I. PPE3: Un cap posé, mais des ambitions mesurées
Après de longs mois d’incertitude, d’hypothèses contradictoires et de doutes parfois légitimes, un cap est enfin posé. Sortir de l’absence de programmation était en soi un impératif. L’incertitude prolongée faisait peser un risque réel de ralentissement structurel des investissements, voire d’un moratoire silencieux que beaucoup redoutaient. Nous pouvons donc saluer la sortie de cette PPE mais aussi mettre en avant le cap d’électrification majeur et très ambitieux que vient d’officialiser le gouvernement, à savoir le passage de 40% à 60% de consommation électrique décarbonée d’ici 2030.
Si notre ambition est de pouvoir électrifier nos usages alors donnons-nous en les moyens.
II. Électricité et stratégie nationale : une cohérence indispensable
Car la question centrale n’est pas seulement celle de l’équilibre du mix énergétique mais celle du calendrier micro et macro-économique. La France s’engage simultanément dans plusieurs transformations majeures : réindustrialisation, électrification des mobilités, montée en puissance des data centers et de l’intelligence artificielle, investissements accrus dans la défense. Tous ces secteurs ont en commun une dépendance structurelle à l’électricité. Et pas n’importe laquelle : une électricité abondante, compétitive et produite sur le territoire national.
Il existe une cohérence évidente entre les objectifs de croissance nationale et les besoins énergétiques. On ne peut afficher une ambition de réindustrialisation, de relocalisation et de puissance numérique sans anticiper la ressource qui les rend possibles. L’énergie ne saurait être considérée telle une variable d’ajustement mais comme condition préalable à tout plan d’envergure. Mais si la France veut soutenir durablement sa croissance et renforcer son appareil productif, elle doit se doter d’une capacité électrique supérieure à celle que suggère aujourd’hui une trajectoire prudente.
III. Une bataille énergétique désormais mondiale
Comme sur n’importe quel autre marché, tout est question de vision stratégique à moyen et long terme ! La bataille de l’énergie ne se joue plus seulement à l’échelle nationale mais se déploie sur l’échiquier mondial. La Chine installe chaque année des volumes d’énergies renouvelables équivalents à plusieurs fois la capacité totale ajoutée par l’ensemble de l’Union européenne, et maîtrise une part écrasante de la chaîne de valeur industrielle du solaire et renforce sa position dans l’éolien. Les États-Unis, qui ont compris que l’énergie est une véritable arme industrielle, mobilisent, à travers l’Inflation Reduction Act, des centaines de milliards de dollars pour attirer les investissements énergétiques et industriels.
Dans cette compétition, la France, septième au plan mondial en matière de production d’énergie verte, peut légitimement aspirer à être un champion. Elle dispose d’ingénieurs, d’industriels, d’infrastructures et d’un savoir-faire reconnu. Mais l’ambition suppose une politique engagée, à la hauteur. Une trajectoire qui se contente d’accompagner les projets déjà engagés, sans créer un signal fort d’accélération, risque de placer le pays en position de suiveur plutôt que de leader.
IV. PPE3: Un plan de bataille qui exige des moyens d’exécution
Loin de toute considération idéologique, ce sujet de positionnement sur l’énergie est stratégique. Si nous voulons être cohérents avec le caractère offensif de la politique économique actuelle et ses objectifs industriels, numériques, géopolitiques, nous devons nous aligner sur le constat suivant : il nous faut plus d’électricité, et il faut la produire rapidement. Les énergies renouvelables couplées au socle nucléaire, constituent aujourd’hui le seul levier massif, rapidement mobilisable et adaptable pour répondre à cette exigence.
Malheureusement force est de constater que la trajectoire retenue à l’horizon 2030-2035 pour le renouvelable revient, dans les faits, à prolonger le rythme actuel sans véritable accélération structurelle. Or plusieurs gigawatts de projets sont déjà en développement avancé ou en file d’attente de raccordement. Autrement dit, une part significative des capacités prévues est d’ores et déjà « dans le pipe ». Le risque est clair : si les objectifs nationaux se contentent d’absorber les projets existants sans ouvrir une perspective plus ambitieuse, l’incitation à concevoir de nouveaux projets va mécaniquement s’affaiblir. La filière ne saurait se développer dans un climat de plafonnement implicite.
Une PPE prudente peut stabiliser. Une PPE ambitieuse peut transformer. À l’heure où l’énergie devient un facteur déterminant de puissance économique, la France doit choisir si elle souhaite suivre ou ouvrir la voie. Tandis que les acteurs de l’énergie doivent savoir si le pays compte sur eux pour performer et exceller ou simplement pallier les besoins actuels.
Ces éléments une fois établis, une programmation n’est qu’un morceau de papier tant que les conditions et moyens de mise en œuvre ne sont pas alignés. Cette PPE est un plan de bataille, pas une ligne d’arrivée.
Les objectifs affichés supposent un rythme soutenu de mise en service, une chaîne de valeur fluide, efficace et non entravée. Chaque brique compte, et chaque facteur de fragilité peut contrarier l’ensemble.
Pour que cette trajectoire ne demeure pas théorique, il est indispensable de sécuriser les conditions de son exécution : la stabilité en est le socle. Les projets énergétiques se développent sur des cycles longs, qui exigent une visibilité réglementaire, fiscale et administrative durable. Une modification brutale des règles fiscales applicables aux collectivités, une évolution imprévisible des mécanismes d’appels d’offres, un changement de doctrine sur les zones d’implantation ou encore une réinterprétation administrative des critères paysagers peuvent suffire à fragiliser l’équilibre de projets pourtant mûris pendant plusieurs années. Les banques, investisseurs et partenaires industriels fondent leurs décisions sur des hypothèses stables, et lorsque le cadre évolue trop fréquemment, le coût du financement augmente mécaniquement. Certains projets deviennent de facto tout simplement irréalisables.
La réussite de cette trajectoire exige, en second lieu, une planification pleinement opérationnelle. Les zones identifiées comme compatibles avec le développement des énergies renouvelables doivent devenir effectivement mobilisables. De même, les « projets fantômes » ne doivent plus empêcher la conception de projets solides et viables. Les arbitrages territoriaux, qu’ils concernent le paysage, l’environnement ou l’usage des sols, doivent être clarifiés en amont afin d’offrir aux porteurs de projets une visibilité réelle. En un mot, créer les conditions de la faisabilité foncière.
Il convient également de prendre en considération les contraintes aérospatiales, liées aux exigences de sécurité nationale. Si ces impératifs sont légitimes et pleinement compris par la filière, leur application peut, dans certains territoires, restreindre significativement les possibilités d’implantation. Une concertation approfondie et anticipée entre autorités de défense et porteurs de projets apparaît donc essentielle afin de concilier efficacement impératifs stratégiques et production.
Dans le même esprit, une simplification assumée des procédures s’impose, sans qu’il soit question d’affaiblir l’exigence environnementale qui fonde la légitimité des projets. La maîtrise des délais d’instruction, l’harmonisation des pratiques administratives et l’encadrement des recours constituent des leviers essentiels d’efficacité. Il est indispensable de sortir d’une complexité procédurale disproportionnée et contreproductive au regard des objectifs que l’État s’est fixés.
Le raccordement[1], enfin, doit être traité comme un levier stratégique. Un projet autorisé mais non raccordé relève de l’accident industriel pour les parties prenantes engagées. La dynamique de raccordement des énergies renouvelables a certes franchi des paliers ces dernières années mais cette progression ne doit pas masquer les goulets d’étranglement structurels qui subsistent. À l’échelle européenne, des centaines de gigawatts de projets renouvelables attendent encore une décision de raccordement, tandis que des dizaines de gigawatts supplémentaires restent en position d’attente ou en file d’attente. Anticiper les besoins de réseau, coordonner les investissements, réduire les délais d’étude : voilà plusieurs des conditions indispensables à la réussite de la trajectoire.
Les attentes fléchées sur le re-powering doivent être analysées avec réalisme. La modernisation des parcs existants constitue indéniablement un levier pertinent. Compte tenu des capacités des machines actuelles, à emprise foncière équivalente, la production peut effectivement être multipliée par deux, voire par trois. Toutefois, le re-powering ne saurait suffire à répondre aux besoins électriques projetés. Même en optimisant l’ensemble des sites existants, le gisement reste mécaniquement limité : le parc éolien terrestre français représente aujourd’hui un peu plus de 24 GW installés[2]. Or, atteindre les objectifs de production et d’électrification projetés dans les scénarios ambitieux à l’horizon 2035 implique de doubler ou presque cette capacité au cours de la prochaine décennie, ce qui nécessite de nouveaux projets en plus de l’optimisation des parcs existants.
V. Une dynamique collective indispensable
À l’approche d’une séquence électorale majeure, la stabilité du cap énergétique sera un test de maturité collective. L’énergie, levier de puissance et souveraineté nationale, ne peut devenir l’otage des alternances politiques.
Nous, producteurs d’énergies renouvelables, ne demandons pas de traitement privilégié mais un cadre stable et cohérent avec les objectifs fixés de compétitivité et d’indépendance. Que la volonté affichée se traduise dans les faits ! La réussite de cette trajectoire dépend désormais d’une mobilisation claire et coordonnée de l’ensemble des acteurs publics. L’État peut garantir la stabilité et la lisibilité indispensables aux investissements, les services territoriaux sécuriser et harmoniser les instructions, les gestionnaires de réseau anticiper les capacités nécessaires et, enfin, les collectivités inscrire les projets dans une dynamique locale cohérente. La programmation est fixée. La réussite de cette PPE exige une exécution collective, fluide et déterminée.
Produire en grande quantité, à un coût maîtrisé et sur notre sol constitue désormais une exigence stratégique pour la France, l’électricité étant devenue le socle de notre compétitivité industrielle, de notre sécurité collective et de notre indépendance énergétique.
Notre pays s’est doté aujourd’hui d’un cap et d’une trajectoire. Encore faut-il que cette programmation donne confiance aux acteurs économiques comme aux territoires et trouve sa traduction concrète, le destin énergétique d’un pays s’écrivant dans les infrastructures qu’il construit.
Nous sommes convaincus que l’intérêt supérieur du pays saura dépasser les clivages et permettre une mobilisation transpartisane, lucide et efficace, à la hauteur des enjeux engagés. Le cap est fixé ; il appartient désormais à chacun d’en assurer l’exécution avec constance et détermination. L’énergie nous rassemble !
[1] RTE, WindEurope
[2] SDES
VDN Group : un acteur de terrain au service de la souveraineté énergétique
VDN Group est un producteur indépendant d’électricité renouvelable qui conjugue expertise technique, ancrage territorial et engagement sociétal. Fondé en 2013, le groupe développe, construit et exploite des parcs éoliens, solaires ainsi que des solutions de stockage sur l’ensemble du territoire français.
Filiale du groupe allemand LOSCON, acteur de référence dans les énergies renouvelables depuis plus de 25 ans, VDN bénéficie de l’agilité d’une structure à taille humaine et de la solidité industrielle d’un groupe européen. Ce positionnement unique lui permet de mener des projets résilients et co-construits avec les territoires.
À travers ses projets, VDN agit concrètement pour :
- la souveraineté énergétique des entreprises et des collectivités,
- la compétitivité locale, en mutualisant les ressources et en favorisant les circuits courts de l’énergie,
- la transition écologique, avec des solutions sur mesure en autoconsommation, agrivoltaïsme et mobilité électrique.
Avec près de 200 MW éoliens déjà construits et plus d’1 GW de projets en développement (éolien et solaire), VDN contribue activement à l’objectif de relocalisation de l’énergie. Son ambition : faire émerger un pacte énergétique local, au service du territoire et ses acteurs économiques.


